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Un manifeste pour l’égalité et l’équité hommes-femmes
Comores
Mardi, 09 Mars 2010 22:26

8 mars, une date importante pour toutes les femmes du monde. Une journée sur 365 ou 366 c’est certes insuffisant, mais elle a une valeur symbolique et fortement imprégnée dans notre culture moderne. A titre de rappel, l’idée de cette journée a été lancée en 1910 par une journaliste allemande Clara Zetkin lors d’une réunion des femmes socialistes réunies à Copenhague pour défendre les droits et réclamer le droit de vote.
Cent ans après, des progrès ont été enregistrés dans le monde sur le sort et le statut des femmes, y compris dans notre pays, les Comores.
Cela dit, des progrès qui me paraissent très insuffisants au vu du poids électoral, démographique et de l’implication des femmes dans le développement du pays. Le code de la famille voté par l’assemblée nationale en juin 2005 ne fait, malheureusement, que renforcer l’iniquité et les inégalités dont sont victimes les femmes.
En effet, ce nouveau code légalise la répudiation, la polygamie et l’injustice en matière de succession. (Articles 43 à 47, puis 53-54). Cette injustice se prolonge dans cette idée lorsque le couple est placé sous la tutelle exclusive du mari, car selon un des articles, “l’homme assure la direction de la famille, la femme la domesticité”. Ce dispositif dénature l’égalité des droits des époux, en faisant du mari, le primat du couple. Or le mariage étant un consentement mutuel entre deux personnes, il serait légitime de modifier cet article en assurant l’équité et l’égalité en ces termes, par exemple, “sous la direction des deux époux”.
Pour ce qui est de la polygamie, même si elle est en régression, le législateur pourrait cadrer sa pratique. Par exemple, lors du premier mariage, qu’il y ait la possibilité pour les deux époux de signer un acte de non polygamie ou bien que la dispense de polygamie se fasse par un écrit de la première épouse reçue par le cadi en entretien individuel.
Ces exemples illustrent les injustices dont sont victimes les femmes comoriennes. Un code de la famille qui est totalement contraire à la Charte fondamentale des Nations-Unies en la matière, de la Déclaration universelle des droits de l’homme et à la Charte africaine des droits de l’homme et de l’enfant.
Ainsi, me semble important de modifier la Constitution et le code de la famille pour assurer l’équité et l’égalité hommes-femmes. A mon sens, ces points qui me semblent importants doivent y figurer :
Sur le plan politique et de la représentativité :
- parité dans les élections politiques (assemblée nationale, conseillers des îles),
- parité au sein du gouvernement, notamment dans les ministères régaliens,
- parité dans les directions des établissements publics et parapublics,
- égalité des salaires entre hommes et femmes. Il est, en effet, inacceptable qu’à fonction égale la femme touche moins de revenus que l’homme,
- tout candidat à la présidence de l’Union doit présenter au moins une vice-présidente et réciproquement.
Sur le plan du Code civil :
- abrogation des dispositions discriminantes envers les femmes,
- Equité dans l’héritage (une part égale homme-femme),
* Légaliser l’avortement des mineures et la contraception,
- En cas de non versement de la pension alimentaire, rendre inéligible et interdiction d’exercice de tout mandat public pendant dix ans pour le père “délinquant”,
- Renforcer les dispositifs contre la violence faite aux femmes,
A l’aube du troisième millénaire, nous devrions changer nos pratiques et nos mentalités pour intégrer la femme dans l’espace politique et assurer l’égalité et l’équité du genre dans notre espace juridique.


Nakidine Mattoir,Historien
Alwatwan

 

 

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